
Je suis donc rentrée. La queue entre les jambes - si seulement j'avais la chance d'être un chien.
J'ai l'habitude de revenir dans cette petite ville de Province, je connais ce sentiment de mal-être, mais d'habitude, mon billet retour pour Paris me réconforte, et être en sa possession m'aide à tenir jusqu'au jour du départ pour le retour à mon travail, ma vie sociale... le retour à l'espoir de enfin avoir une vraie vie.
Mais depuis ce 31 Juillet au soir, je sais que je ne repartirai pas. Du moins, pas aussi vite que d'habitude.
Même pas 10 jours sur place, et j'ai l'impression d'être dans un bocal trop étroit pour mes nageoires ambitieuses. Aller à la salle de sport? C'est fermé le weekend.
Quoi? Mais c'est à ce moment que la plupart des gens sont libres d'y aller! Voir le dernier film intéressant? Il ne passe qu'en VF... quand il est à l'affiche. La plupart du temps, le cinéma local parie plus sur les blockbusters débiles que les documentaires ou films à réflexion. Faire du shopping? Je suis fauchée, et, de toute façon, sans vouloir être snob, je ne m'habille pas en supermarché. La plus proche boutique, la plus proche "grand ville" est à 50km. Trois bus par heure. Pas de livraison de pizzas à domicile. C'est un peu comme les USA, ici : sans voiture, c'est dur de vivre. Mais je n'ai plus vraiment l'habitude de dépendre de ma mère depuis mes 18 ans, alors j'ai tendance à moisir chez moi. Enfin, chez ma mère. Je n'ai plus de chez moi, maintenant.
Les démarches administratives. La sécu. Les assédics -oops pardon, le Pôle Emploi maintenant. Qui n'ont toujours pas validé mon dossier. Tout comme le personnel de la CAF à oublié de mettre en place mon allocation RSA. Je suis à découvert et n'ai que 10 cents en poche, ma mère me véhicule, me loge, me nourrit, paye mes frais de pharmacie.
BOULET.
Ma mère, pourtant, refuse que j'emploie ce mot. Depuis mon retour, effectué dans les larmes, elle est plus que pédagogue. Cette fois-ci, elle n'a pas ignoré mes pleurs. Au contraire. Elle s'est inquiétée. Ma perte de poids, mes crises de larmes, mes pensées noires, ma situation en générale... Elle m'a directement emmené chez le psy (dans une ville voisine, à 35km - nous n'avons pas la chance d'avoir un psy dans notre ville. Par contre, on a un McDo.).
Ma mère se conduit en mère, aimante et à mes côtés. On redevient même un peu complices. J'éspère que ce n'est pas une hallucination liée à mon traitement...
Depuis les quelques visites chez le psy, son traitement à coup de cure de sommeil et de Xanax, je vais un peu mieux. Je ne m'écroule plus à la moindre contrariété. Je peux faire face aux dogues qui travaillent à la C.P.A.M. Je suis capable d'écrire un blog.
Je suis chimiquement d'aplomb, quoi.
Mais au fond les problèmes persistent. Donnez moi un travail!
Un travail = une vie. Mon royaume pour un travail!Pourtant, il faut regarder les choses en face : rien n'arrivera ici. Et pas à cette période de l'année. Le Pôle-Emploi a utilisé les mêmes mots que la dame de l'ANPE de Paris : "
bouche à oreille, contacts...". Je sais. Je ne le sais que trop bien...
Je suis une voie sans issue.
Avant de retourner à une rediffusion de "
Sous le Soleil" (mes samedis soirs sont aussi passionants que ça, ici, éh wais), petite devinette :
J'ai 26 ans, je n'ai jamais vécu ailleurs que chez mes parents, je n'ai jamais étudié, j'ai débuté mon premier emploi la semaine dernière à la déchèterie locale, fan de World Of Wardcraft, en surpoids, je suis, je suis....?????Le fils des voisins, qui en pince pour moi.
J'ai déjà refusé une invitation à aller me baigner au lac du coin (invitation faite... par sa mère. Classe.), mais là, il m'a prise au dépourvu le plus total en me demandant (lui-même cette fois-ci!) si j'étais libre pour une "soirée" le 15 Août. Ben oui, je suis au chômage, et
personne ne bosse le 15 Août. Il savait que je serai là. Et une soirée, j'ai pensée que je pourrais toujours ne pas y aller, OU n'y faire qu'une rapide apparition puis m'éclipser...
"
Ok, alors on pensait à un bowling. Je reviendrai te dire."
Un bowling? "On"?
Et me voilà embarquée dans une soirée bowling la semaine prochaine, avec lui et ses quelques amis.
Il en est hors de question. Ce serait renoncer à tout mes principes anti-beaufs, ce serait comme revenir au temps du lycée, où je me suis battue tant bien que mal pour m'extraire de ces cliques, puis de cette ville.
J'ai entendu qu'un cas de grippe aviaire avait été détecté pas loin. Je vais aller faire un tour dans le coin et lécher chaque habitant du hameau si il le faut, mais je n'irai pas à cette *soirée*.
Croix de bois, croix de fer, si je ments, je vais en enfer.
... si je n'y étais pas déjà.