
Je suis une fille éduquée, et intelligente. Si, si. Seulement, je n’ai pas du faire les bonnes études. Au lycée, pleine d’optimisme, j’avais mon avenir tout tracé entre les mains : commencer par la fac, puis sortir diplômée d'une école privée de commerce pour donner un aspect concret à mes projets, et trouver un travail. A 25 ans, je devrais avoir un boulot passionnant, vivre dans une ville fascinante et ce, avec mon mec, bien sûr.
Résultat ? 1/3. La ville - je vis à Paris. Un point pour Filippa, applaudissements !!!!
Mon optimiste lycéen à vite flanché : la fac, suite de cours intéressants mais trop théoriques, ne nous a préparé à rien. Une masturbation mentale qui aura duré trois ans. Mon école privée ? Passionnante…. Mais le service après-vente n’a pas offert les opportunités espérées.
Je n’ai donc jamais, à ce jour, trouvé le boulot de mes rêves.
J’ai toujours voulu travailler dans un milieu créatif et intéressant, et les gens aiment à me répéter que je n’ai pas choisi la voie la plus facile. C’est vrai. Mais je n’allais pas devenir nourrice ou dentiste juste afin de m’assurer une vie tranquille. Je ne veux pas d’une vie tranquille et monotone. Je veux être une rock-star.
Mon public de fans devra cependant attendre, car pour le moment, je suis stagiaire. Depuis maintenant deux ans. Les stages outranciers ont encore de beaux jours devant eux, malgré les quelques lois passées afin de protéger les « jeunes désirant entrer dans la vie active ». Je ne peux cependant pas reprocher à mes patrons de m’exploiter : on me donne une allocation minimale, reconnue par la loi. Avec un mon loyer coutant plus du double de cette gracieuse allocation, je ne suis donc pas exploitée. Histoire de ne pas causer de crise cardiaque à ma banquière, j’ai deux petits boulots. De 9 heures à midi, je suis hôtesse d’accueil – un cache-misère pour « réceptionniste ». Je réponds aux appels de clients toujours pressés, et je donne des badges aux visiteurs de l’entreprise. Heureusement, ce job me permet de bouquiner pas mal. J’aime aussi imaginer la tête des gens que j’ai au bout du fil, selon leur voix. Je dessine. Je rêve. Je m’occupe.
A midi tapantes, je délaisse mon poste à une thésarde (malheureusement, bon nombre d’entreprises peuvent se vanter d’avoir du petit personnel ayant minimum BAC + 5). Je me change, revêt enfin des habits dans lesquels je me sens bien, dans lesquels je me sens moi. Et je file au label où je suis stagiaire.
Mon deuxième boulot, c’est baby-sitter. Je passe la plupart de mes soirées libre à courir dans Paris pour être à l’heure chez des parfais inconnus qui me laisseront la garde de leurs enfants et de leur appartement. Garder des enfants est quelque chose de facile (être payée pour regarder un DVD pendant que Léo dort, c’est plutôt cool), bien rémunéré, et surtout, non imposable. Mais je trouve cela assez humiliant d’ être obligée d’avoir recours à ça pour survivre : baby-sitter est un job de gamines de 14 ans qui n’ont pas d’autres moyen pour se payer leur sortie hebdomadaire au cinéma et un tube de gloss!

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