dimanche 22 juin 2014
Bilan de Compétences - Séance 2
One man down - Christian est absent. Il a du enfin pouvoir utiliser son permis cariste qu’une agence intérim retenait en otage. Dilek urge pour sortir à 11h - elle a des enfants, voyez-vous, elle ne peut pas rester longtemps ici.
Dilek ne veut pas vraiment se ré-orienter, elle veut trouver un poste en usine, des ménages… avoir un salaire, quoi. Mais elle n’a encore rien retrouvé, et si elle ne vient pas à ces séances, Pôle-Emploi lui coupe les vivres. Rien de mieux pour motiver une personne, n’est ce pas? En pratique, elle reste là à attendre que l’heure tourne, inintéressée, et ne rêve pas à de nouveaux horizons que pourrait lui offrir un bilan - elle ne veut pas d’une formation : qui s’occuperait de ses enfants? Elle a déjà du mal à se libérer une journée par semaine, alors une formation… Pôle-Emploi ne l’envoit là juste histoire de montrer qu’ils prennent les gens en charge, elle en est convaincue.
La séance est censée commencer à 9h, mais il est déjà 9h20 et nous attendons toujours. Le peu d’affiches aux murs est vite lu. Farès va fumer une cigarette dehors, Béa fait sa liste de course, Samia joue avec son portable. Différentes générations, différentes occupations. Moi, je lis. Je me méfie des RDV, des réunions ou l’attente n’est jamais loin, et emporte donc toujours un livre de poche avec moi.
Barbara, la responsable du bilan, nous explique le déroulement de la journée. Pleins de tests, enfin, d’ “auto-diagnostiques”, ça fait plus sérieux que “tests" qui évoquent magazine féminins et questions débiles auxquelles on répond sur la plage en gloussant entre copines.
Farès remet tout en cause avec des tentatives d’humour défaitistes : les questions, l’intérêt de “tout ça”, le boulot de Barbara… A défaut d’être valide, ça aura au moins eu le mérite de briser la glace : tout le monde renchérit que, bien sûr, une fois tout ce cirque terminé, nous nous retrouverons dans la queue du Pôle-Emploi. Toujours sans travail. La collectivité engendre la négativité, et crève l’abcès. Plus d’espoir, pas de fantaisies : tout ce qui compte, c’est d’obtenir un job qui paye, pour régler les factures et parvenir à se nourrir par la même occasion. Le reste, c’est secondaire. Forcément, je me sens mal : j’en veux plus. Je ne peux me satisfaire d’un job alimentaire qui me tuerait à petit feu. Je veux croire que je peux faire quelque chose qui me plait, et en vivre. Je dois le croire - c’est ma dernière chance.
Farès a déjà “subi” un BDC l’année dernière : “A ce qu’il parait, je suis un artiste!" et trouve l’orientation qu’on lui a suggéré, folle : ingé son. Faire une formation, aller dans une plus grande ville… trop dur pour lui, pas faisable, pas réaliste. Etre intermittent du spectacle, trop risqué. Mais être chômeur, est-ce mieux?
Farès rejette tout en bloc. Il n’en peut plus de l’usine, mais toucher aux mondes qui le fait font vibrer, la musique et le cinéma, relève pour lui du fantastique, de l’inconnu, du terrifiant, de la fiction. Il n’est pas né au bon endroit pour faire ça, pas lui, un gamin de banlieue qui a arrété l’école à 16 ans. J’ai envie de lui dire qu’il faut qu’il cesse de s’imposer des barrières, mais qui suis-je pour l’encourager? Ni une psy, ni une conseillère, ni une pro des RH. Et surtout, je sais qu’en effet, ces métiers ne sont pas faciles. A 37 ans, Farès est trop désabusé pour envisager quoi que ce soit. Aucun service ne trouve grâce à ses yeux, et aucun atout ne peut lui être attribué.Comme si selon lui, il ne savait rien faire.
Et je me confronte au même problème : il m’est impossible de répondre à l’exercice qui demande de lister mes atouts personnels et professionnels. Je sais travailler oui, mais déléguer? Et les compétences informatiques? Etc, etc…
Je n’ai pas l’étoffe d’un manager, d’un leader, d’un enseignant. Je n’ai pas l’esprit “corporate” et me fous des performances de mon équipe. Ce que j’aime, c’est la culture, sa diversité, ses pépites; apprécier les belles oeuvres quelles qu’elles soient, et les idées originales. J’ai déjà essayé de faire ma place dans ce monde égocentrique, mais malgré tout mes efforts, cette vie ne veut pas de moi.
J’en viens à penser que je ne suis pas aussi précieuse que les choses que j’admire. Je ne suis pas à la hauteur des arts, et les acteurs de ce milieu ne m’ont jamais pris au sérieux.
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